Lecture : « Je mange avec ma tête » d’Élise Desaulniers [Éco-défi novembre 2015]

Comme je vous en ai glissé un mot en septembre dernier, un de mes défis cette année est de lire davantage. J’étais donc très enthousiaste lorsque j’ai reçu l’invitation de Natasha à être une des des blogueuses collaboratrices de l’éco-défi du mois de novembre : découvrir des lectures engagées et inspirantes.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas les éco-défis rattachés au blogue de Natasha, Échos verts (qui est maintenant un must dans la blogosphère écolo francophone, à mon avis), il s’agit, pendant un mois, d’apprendre, de découvrir et d’explorer autour d’une thématique qui change à tous les mois. Par exemple : acheter responsable; apprendre à connaître, respecter et protéger les animaux; manger végétalien, varié et équilibré; etc.

Ce mois-ci, il s’agit de découvrir des lectures qui nous font réfléchir sur notre façon de vivre. Hier, Flore du blogue Éco-créateurs présentait Hors série 3 de Kaizen : Comment devenir autonome et aujourd’hui, comme c’est le dernier jour du mois, je suis la dernière blogueuse à vous suggérer une lecture. Le bilan complet de l’éco-défi sera en ligne sous peu sur Échos verts.

Je vous propose donc un livre dont j’ai lu et entendu beaucoup de bien et dont j’ai repoussé la lecture beaucoup trop longtemps à mon goût (mais bon, c’était un peu une question de budget) : Je mange avec ma tête d’Élise Desaulniers, que je me suis finalement procuré au Festival végane de Montréal plus tôt ce mois-ci.

Crédit photo : Éditions Stanké
Crédit photo : Éditions Stanké

 

Publié en 2011 aux éditions Stanké, il s’agit, en gros, d’un essai qui permet de découvrir l’envers de l’élevage industriel et de la pêche : on a tendance à croire que c’est mieux au Québec qu’ailleurs, mais est-ce vraiment le cas? On sait déjà que le Québec est loin d’être le champion en ce qui concerne la protection des animaux… On y découvre aussi les conditions de travail difficiles des agriculteurs québécois, de l’utilisation d’engrais et de pesticides, des conséquences environnementales de l’élevage, du gaspillage alimentaire

J’aimerais vous faire un résumé de tout le livre, mais comme je viens tout juste de le mentionner, il y a tellement d’informations que ce serait beaucoup trop long! Je me concentrerai donc sur les chapitres qui m’ont le plus appris:

Le poisson est-il spécial? – L’industrie à l’eau : surpêche et aquaculture (chapitre 3)

Comme l’écrit l’auteure, « si la plupart d’entre nous ont quand même une vague idée de la provenance de la viande que nous mangeons, nous ne savons à peu près rien de la mer ».

Si je savais déjà que la surpêche est un désastre écologique et qui cause la mort de nombreux spécimens marins non visés par la pêche (« prises accessoires »), j’en savais très peu sur l’aquaculture. J’ai toutefois beaucoup apprécié les passages expliquant l’historique de certaines espèces affectées par la surpêche, comme la morue et le thon rouge.

Pour en revenir à l’aquaculture, saviez-vous que les ¾ du saumon consommé dans le monde provient de celle-ci, et parfois même si c’est étiqueté comme étant du saumon de l’Atlantique? Non seulement c’est malhonnête, c’est aussi une pratique qui cause, comme la surpêche, de graves problèmes sur le plan environnemental : entres autres, cela entraîne des infections contagieuses comme l’anémie et les poux de mer qui peuvent être transmis aux saumons sauvages, utilisation de pesticides et aussi le fait que 3 saumons produisent autant de déchets qu’un seul humain.

Une ferme moyenne de 200 000 saumons répand dans l’environnement autant de matières fécales qu’une ville de 60 000 habitants (disons, Granby). Or, les déchets non traités contiennent souvent des antibiotiques et des pesticides qui s’en vont directement dans l’eau. De plus, ces déchets additionnés au surplus de nourriture qui n’a pas été consommée causent une concentration importante d’azote autour des élevages. Cela favorise la croissance d’algues, lesquelles absorbent de l’oxygène et en privent d’autres poissons. (p.75)

Et ces problèmes (parmi tant d’autres) sont aussi présents dans les élevages de truites et de tilapias, pour ne nommer que ces espèces.

Et qu’en est-il des listes et des labels écologiques pour les produits de la mer? Il est très difficile de s’y retrouver, puisque les listes sont en constante évolution : une espèce considérée comme « meilleure » pour l’environnement peut rapidement se retrouver dans la catégorie des espèces à éviter. De plus, ces listes sont basées uniquement sur les conséquences écologiques liées à la pêche des espèces, la souffrance étant complètement ignorée : les poissons « figurent parmi les animaux les moins bien traités de tous ceux que consomment les humains. […] Même les élevages industriels les moins soucieux de la souffrance animale ne traitent pas les mammifères » aussi mal!

Et souvent, les gens ont tendance à oublier ceci :

Consommer plus de poissons issus de pêches durables ne veut pas dire consommer plus de poisson! (p.82)

Est-ce qu’elle a eu mal, la petite poule? – La souffrance animale expliquée à Maé (chapitre 4)

Maé n’est pas une enfant fictive; il s’agit de la fille (âgée de 4 ans et demi lors de la publication du livre) d’une amie de l’auteure. Dans ce chapitre, on tente de faire la distinction entre la douleur et la souffrance chez les animaux pour, au final, avouer à Maé que la petite poule « a fort probablement eu mal ».

Évidemment, il y a un petit paragraphe dédié au fameux cri de la carotte, bien connus des végéta*iens (comment passer à côté?)! J’ai bien aimé ce chapitre, car il m’a aidé à remettre de l’ordre dans les informations que je connaissais déjà sur le sujet.

Un souper chez Sarah Palin – Dix bonnes raisons de manger de la viande? (chapitre 5)

Dans ce souper imaginaire, Desaulniers défait, avec l’aide du philosophe Martin Gibert, les arguments en faveur de la consommation de viande de Sarah Palin, « l’érégie conservatrice américaine » et carniste assumée, qui sont en fait 10 arguments auxquels les végéta*iens sont (trop souvent) confrontés :

  1. C’est la volonté de Dieu
  2. C’est un choix personnel
  3. C’est dans notre nature
  4. C’est dans notre culture
  5. Les végétariens sont des hipsters (ou des granos)
  6. Les animaux n’hésiteraient pas à nous manger
  7. Les animaux ne sont pas des êtres rationnels
  8. La viande, c’est bon
  9. Les animaux chassés ne souffrent (presque) pas
  10. Ce serait la fin des espèces domestiquées

Si j’arrive assez bien à me défendre lorsqu’on me sort ces arguments (ce qui n’arrive que très rarement, heureusement!), j’ai trouvé le format dans lequel étaient présentés les arguments en faveur du végétarisme original. De plus, Palin n’est pas une personnalité publique que j’affectionne, alors j’ai bien aimé la voir perdre ce débat!

Conclusion

J’ai beaucoup aimé le livre, qui m’a aidé à clarifier certaines choses. C’est un ouvrage facile à lire, les chapitres n’étant pas trop longs, ce qui aide à mieux assimiler les nombreuses informations qui s’y trouvent. À mon avis, c’est une bonne lecture pour ceux et celles qui veulent s’initier à l’éthique alimentaire, surtout pour les personnes qui sont incapables de regarder un documentaire avec des images très graphiques (comme Earthlings, qui est probablement le meilleur exemple), mais qui souhaitent tout de même savoir où va leur argent lorsqu’elles font leurs emplettes.

Et même si vous êtes assez informé(e)s, comme moi, sur ces questions en lien avec ce qui se trouve dans votre assiette, vous allez probablement y apprendre quelque chose, comme ce fut le cas pour moi. Bonus : aucun argument émotionnel, que des faits (la bibliographie est d’ailleurs très bien garnie); c’est donc une bonne lecture à suggérer aux fans de viande qui n’aiment pas particulièrement les animaux dans votre entourage!

Bref, on ne peut plus ignorer les conséquences de nos choix alimentaires après s’être plongé dedans!

Mangez-vous avec votre tête?

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7 commentaires sur « Lecture : « Je mange avec ma tête » d’Élise Desaulniers [Éco-défi novembre 2015] »

  1. Je viens tout juste de terminer Sauver la planète une bouchée à la fois de Bernard Lavallée. Cette lecture ne peut que donner envie d’en savoir plus sur l’alimentation et décidément, le prochain livre que je compte mettre entre mes mains est celui-ci d’Élise après avoir lu cet article.

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